Génération Siyu CAO 

Débridée, c’est le regard affuté et le coup de crayon malin d’une dessinatrice talentueuse qui pointe les détails du quotidien chinois et les confronte aux réalités occidentales. Le génie de Siyu CAO, auteure, dessinatrice et graphiste est d’exprimer à travers des vignettes très simples la complexité d’une culture composée de tradition, d’habitudes, de gastronomie mais aussi de critères de beauté, de tabous, d’oppositions. Cette première BD assortie de textes explicatifs personnels est troublante par la justesse de ces vignettes humoristiques.

Découverte sur Instagram au nom de tinyeyescomics, nous avons adoré le personnage aux tout petit yeux et à l’esprit grand ouvert qui dévoile de manière attendrissante les différences culturelles. Débridée, c’est aussi un guide pertinent pour comprendre les codes sociaux et culturels chinois. Les équipes de Mon ami français et 中法 Club ont ainsi décidé de présenter le premier livre de Siyu Cao publié aux Editions Des Equateurs  le 2 juillet 2019 à la Maison de la Chine.

Née dans les années 80 à Pékin, Siyu Cao a vécu avec ses parents pendant vingt ans. Lors de sa rencontre Siyu nous a parlé de ce trajet quotidien qui pendant douze ans reliait sa maison à l’école comme une métaphore illustrant son enfance dans une Chine exiguë. Elle n’était pas vraiment sortie de la Chine. L ’Europe se résumait à des panneaux publicitaires présentant des destinations touristiques. Siyu souhaite partir, sa mère professeure d’anglais et son père passionné de musique occidentale l’encouragent. Elle se saisit d’une opportunité aux États-Unis en Arizona pour étudier la littérature anglaise puis file en Angleterre pour y approfondir le graphisme. Après cinq ans en terre anglophone, Siyu revient en Chine, rencontre son compagnon français et guidée par l’amour et la découverte le suit fin 2016 direction Paris.

Améliorer la communication interculturelle devient le fer de lance de Siyu qui commence à croquer le personnage de Tiny Eyes qu’elle publie sur Instagram. Véritable succès elle est aujourd’hui suivie par 33 000 personnes. Au fil des vignettes, avec beaucoup de douceur Tiny Eyes raconte sa vie quotidienne, mais surtout déconstruit des stéréotypes et des clichés qui perdurent.

C’est en préparant des cours sur l’interculturalité que nous sommes tombés sur les travaux de Siyu. Nous avons été frappés par la justesse de ses dessins qui faisaient écho à des aventures chinoises ou à des histoires rapportées par des amis chinois en France. Animés par l’envie de faire dialoguer les cultures, nous avons créé fin 2017 Mon ami français, une agence qui met en relation des talents biculturels et bilingues chinois mandarin avec des entreprises en France. L’interculturalité est une composante fondamentale de notre activité puisque notre rôle est de faire des différences une richesse dans un pays où justement on a tendance à atténuer nos différences. Avec Siyu ces différences ne paraissent plus insurmontables, c’est lucide et malin. On dédramatise, on essaie de comprendre, on va vers la complémentarité.

Ce qui nous a plu chez Siyu c’est cette liberté de ton quand on lui demande de se décrire : Siyu est multiculturelle. Elle a su sauvegarder sa propre identité culturelle et en même temps s’ouvrir à l’interaction pour se faire transformer graduellement par la rencontre et la fréquentation des autres. Siyu dessine à la tablette graphique et lit Confucius, Siyu prépare ses bulles en anglais et français et doit appeler son père pour lui rappeler certaines expressions chinoises.

Quant au recrutement, Siyu Cao est également une pépite puisqu’elle a le don de rassembler Chinois et Occidentaux autour de projet commun. Son profil naviguant facilement entre les cultures est une richesse sans nom pour une entreprise qui souhaite s’internationaliser. L’ambition et les investissements ne sont pas suffisants,la maitrise des codes culturels, des différents écosystèmes sont des conditions aussi importantes que la maitrise de compétences avérées. Comment générer de la plus-value sans pouvoir comprendre et retranscrire les besoins et les subtilités d’un univers vers un autre ? Certains profils ont cette aisance. Les entreprises s’ouvrent.

 

Débridée, Paru le 15 mai 2019 aux Éditions Équateurs 140 pages 15 €